Se fera-t-on encore la bise en 2022 ?

Young adults kissing in the streets of Paris

S’embrasser moins mais mieux : telle est la tendance qui se dessine.

Et si c’était l’occasion de ne plus jamais refaire la bise ? Marie*, 43 ans, en rêve. Hypocondriaque assumée, cette quadragénaire parisienne se délecte depuis le début de la crise sanitaire de pouvoir refuser les embrassades sans avoir à se justifier. Seuls ses très proches - « qui se comptent sur les doigts des deux mains » - ont encore droit à ses baisers. « Mais il s’agit alors moins de leur dire bonjour  que de leur signifier sincèrement mon affection », précise cette réalisatrice freelance, qui se contente désormais d’un simple « bonjour » assorti d’un grand sourire pour saluer le reste du monde. Marie n’est pas un cas isolé. 

Selon un sondage de l’Ifop réalisé en juillet 2021 pour XLoveCam, seulement 65 % de Français ont recommencé à embrasser leurs proches, alors qu’ils étaient 91 % à le faire avant crise. Et ces bises ne concernent plus que le cercle intime : famille, amis, collègues. Celles servant à saluer les inconnus ne sont plus pratiquées que par 23 % d’entre nous. 

La bise serait-elle en train de retrouver le sens qu’elle avait perdu ? C’est le sentiment du sociologue Jean-Claude Kauffmann, qui a analysé le phénomène dans son livre « Ce qu’embrasser veut dire » (Payot, 2021). Mais la crise n’est pas la seule responsable. Ces vingt dernières années, explique-t-il, la bise était devenue omniprésente. Tout le monde s’était mis à embrasser tout le monde, y compris au travail. Mais une fronde commençait à monter. Fin 2017 notamment, Aude Picard-Wolff, maire de Morette en Isère, faisait le buzz en annonçant aux 73 autres élus de sa communauté de communes qu’elle ne les embrasserait plus en début de réunion. Elle dénonçait le caractère intrusif, chronophage et inégalitaire de la bise, mais aussi le risque de transmission de maladies. Des blogueuses ont rapidement suivi, elles aussi relayées sur les réseaux sociaux. Et puis il y a eu le phénomène #metoo, qui a mis la question du consentement au cœur des interactions sociales. « Bien que la bise ne puisse être assimilée à un harcèlement, il [apparait] urgent d’être davantage attentif à l’autre et à ne pas lui imposer un geste qu’il perçoit comme intrusif. Nous devons en effet apprendre à décrypter les signes de non-consentement, même les plus minuscules », écrivait-il récemment dans une tribune publiée dans Le Monde.

En fournissant aux anti-bises une formidable occasion de la refuser sans devoir se justifier, l’épidémie de Covid-19 n’a fait qu’accélérer ce mouvement. Et l’a probablement rendu plus pérenne. Alors, oui on continuera à faire la bise en 2022, mais d’abord aux gens qu’on aime. L’essentiel est là. 

* Le prénom a été changé 

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