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Fonction publique hospitalière

Delphine Loez - 02/03/2016

Infirmière : Evolution du métier

Interview d'Isabelle T., cadre de santé aux urgences

Plus de responsabilités

J’ai commencé à exercer en 1992. En presque vingt-cinq ans, notre métier a énormément changé. La première chose qui me vienne à l’esprit est l’accroissement de nos responsabilités. Certains gestes, comme la ponction artérielle, ne pouvaient se faire sans la présence d’un médecin. Aujourd’hui, nous les pratiquons seules. Il ya eu un glissement de certaines responsabilités du médecin à l’infirmière. 

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Plus d’autonomie

La diminution du personnel médical et paramédical se ressent au quotidien : les infirmières sont plus isolées. Nous devons prendre plus de décisions, plus rapidement. Nous avons besoin de maîtriser les connaissances médicales afin de les utiliser dans notre pratique. Cela nous permet d’analyser des situations cliniques et mettre en œuvre les soins les plus appropriés, tout en respectant la réglementation qui régit notre profession. 

Plus de qualité

Les interventions en ambulatoire diminuent le temps de séjour des patients. Par conséquent, la relation de soin se fait avant : le jour de l’intervention, notre rôle est plus technique et nous passons moins de temps à nous « occuper » du patient. La relation d’aide se doit alors d’être plus qualitative. Il nous faut être compétentes dans la relation et dans les soins. Ces deux aspects sont inséparables. Même si, quand on débute en tant qu’infirmière, on se concentre sur l’aspect technique afin d’être efficace et reconnue.

Plus d’efficacité

Aujourd’hui nous sommes dans un système de responsabilité individuelle. Nous devons travailler autour de nos erreurs, en tirer des conclusions et un enseignement. Avant, le système était plus paternaliste. Par ailleurs, moins on a de temps pour faire un geste technique, plus il y a de stress. Tout cela nous oblige à être encore plus efficaces, à rester en éveil et motivées.

Moins de douleur

L’autre aspect qui a beaucoup changé est la prise en compte de la douleur. Et je parle d’une douleur qui recouvre bien plus que le fait d’avoir mal. Je parle de la peur, de la souffrance, de la peur d’avoir mal. La prise en charge doit être globale. Et l’évaluation systématique. Cela demande une immense efficacité relationnelle.

Moins d’argent

Le  vrai point noir concernant l’évolution de notre métier d’infirmière est le salaire. En vingt-cinq ans, notre niveau de vie a diminué. L’indice est gelé depuis des années, les rares augmentations ont eu lieu au détriment de l’âge de la retraite. Cela pose par ailleurs la question du vieillissement de la population d’infirmières. Nous exerçons un métier difficile, travaillons la nuit. Ce niveau de rémunération n’est pas adapté à nos responsabilités. Nous avons la vie de nos patients en permanence entre nos mains. Cela aurait d’ailleurs pu avoir un impact le 13 novembre. Le soir des attentats, certaines infirmières qui habitent en lointaine banlieue, pour des raisons évidentes de montant des loyers, ont mis beaucoup de temps pour rejoindre les hôpitaux. Hôpitaux où leur présence était pourtant indispensable.

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